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Un jeune Dunkerquois est devenu religieux  !

 

L'entretien avec la revue Eglise de Lille

 

     

F. Columba, Joffrey Jennesson, a prononcé sa profession solennelle au monastère bénédictin d’En Calcat dans le Tarn, le samedi 25 avril en la fête de St-Marc. Il a ainsi engagé sa vie au sein de cette communauté. Après avoir quitté « son pays » à l’âge de 19 ans pour suivre des études en "Arts appliqués" , un BTS de "design industriel" dans le Sud, il se pose des questions sur le sens de sa vie et de ce à quoi il est appelé, il y réfléchit avec l’aide des prêtres du séminaire de Toulon et découvre un appel à la vie religieuse.

 

 

Eglise de Lille : Peux-tu nous dire comment est née ta vocation ?

Le scoutisme a tenu une place importante dans mon cheminement chrétien. En 2000, aux Journées Mondiales de la Jeunesse qui avaient lieu à Rome, j'ai ressenti un appel du Seigneur à donner toute ma vie dans une forme de vie consacrée mais tout était encore un peu flou. J’ai donc fait le choix d’entrer au séminaire l'année suivante pour mieux comprendre cet appel. Je pensais à la vie religieuse et ne désirais pas devenir prêtre. Au cours de l’été 2002, je me suis enrichi d’une expérience chez les franciscains du Bronx à New-York, c'est là que tout s'est précisé : je comprenais que le Seigneur m’appelait à "la vie religieuse contemplative !" Jamais, je n'avais imaginé que je puisse devenir moine. Jusque là, l’idée d’être à l’écart du monde, enfermé dans un monastère me rebutait...

A New York, devant l'immensité et le "bruit" de la ville, j’ai réalisé que ma vie prenait sens dans la prière et le silence, et que je serais personnellement plus uni et proche des pauvres dans une forme de vie cachée, comme Jésus à Nazareth...

A mon retour en France, j’en parle à un ami du séminaire qui me fait alors connaître « En Calcat », un monastère bénédictin dans lequel il est resté 9 mois en 1989. Je décide de m’y rendre et attrape un "coup de foudre" pour ce lieu: » je me sentais chez moi ». Après plusieurs stages, la communauté décide de m’accueillir comme postulant puis comme profès temporaire. Cela fait maintenant 6 ans que je vis au sein du monastère et suis prêt à cet engagement pour la vie.

 

Qu'est ce que tu as trouvé à En calcat ?

Une soixantaine de frères, jeunes et âgées, qui cherchent Dieu, ensemble, dans la prière et le travail. Quand on rentre au monastère, on vient pour le silence, et pour "chercher Dieu", en fait, on trouve d'abord des frères qui ont des qualités et des défauts, on se découvre soi-même avec les mêmes richesses et faiblesses. On y trouve la présence de Dieu dans le concret, dans la vie fraternelle, tout simplement et pas ailleurs ! On y trouve aussi beaucoup de gens de passage qui viennent avec toute leur humanité, et cela est aussi très important.

 

Que vis-tu au quotidien ? Quelles sont tes activités ?

Dans un climat de silence, je partage mon temps entre la prière, le travail, la vie commune. Personnellement, après avoir entretenu deux ans le jardin, et avoir réalisé quelques vitraux et céramiques, je travaille depuis 3 ans dans un atelier de montage de cithares.

 

Que t'apporte la vie communautaire ?

La vie communautaire m'apporte beaucoup ; ce que je suis aujourd'hui, je le dois à mes frères, à leur confiance. Elle est soutien et stimulation pour la prière. Les autres sont des miroirs ; je ne peux pas faire semblant dans les relations fraternelles ! On essaie de se soutenir mutuellement dans les difficultés et on partage de belles joies, notamment aux grandes fêtes. Le fait de vivre ensemble n'est pas simplement de l'ordre de la commodité, on essaie de vivre ensemble la grande prière que Jésus adresse au Père, être "Un", comme le Père, le Fils et l'Esprit sont Un, avec les différences que cela implique. Il n' y a pas d'unité de la communauté sans l'acceptation des différences de chacun. 

 

Quel est le sens du choix de vie que tu prends définitivement ?

Le 25 avril, le jour de ma profession solennelle, j’ai prononcé devant Dieu et la communauté les vœux monastiques selon la règle de saint Benoît : conversion, stabilité et obéissance. La conversion implique de se "retourner" continuellement vers Dieu car on s'en éloigne vite ! La stabilité signifie que je m’engage à vivre au sein de la communauté et au même endroit toute ma vie. Par l'obéissance, je vais manifester que je veux décider avec les autres ce qui est bon pour moi. A partir de ce jour-là, je ferai partie intégrante de la communauté, et plus rien ne m'appartiendra en propre, y compris ma propre vie ! "Il n' y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis", dit Jésus. Notre vie est basée sur le service, c'est-à-dire l'amour mutuel, dans le don total de notre existence, à l'image du Christ qui s'est fait serviteur…

 

Quelle est ta parole d'évangile préférée ?

J'en ai beaucoup !  J'aime surtout dans l'évangile de Jean : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé..." Jn 17,21 

 

Qu'aimerais-tu exprimer aux chrétiens du diocèse et aux jeunes qui se posent des questions sur le sens de leur vie ?

J'aimerai dire que Dieu nous aime infiniment comme ses enfants ! Nous avons à le découvrir, à en faire l’expérience. Pour répondre à son amour, il nous faut grandir en liberté car aimer signifie surtout "donner", et non simplement "prendre" l'autre. Pour donner à son "prochain", nous avons besoin d’apprendre à "recevoir" de Dieu, dans la prière et le silence, mais aussi à accueillir ce que nous donne les autres. Gardons un peu de place pour Dieu et les autres, ne soyons pas trop "pleins" de choses inutiles et passagères!

Aux jeunes qui se posent des questions sur la vie, j'ai envie de leur dire : N'ayez pas peur de "donner" de vous-même autour de vous. Chaque fois qu'on essaie de se protéger et de se renfermer, c'est l'échec ! Au contraire, l'ouverture dans le don dilate et rend heureux... il s'agit pour chacun de donner d'abord ce qu'il a reçu de particulier de Dieu.  

 

Un dernier message ….

Je vous invite à venir parler de tout çà sur place, à « En Calcat »! Et priez avec moi... je prierai aussi pour vous.

 

 

L'Homélie de la profession solennelle de Frère Columba

 

frère Columba,
qu’est devenu ce jeune homme riche de l’évangile ?
écoutons d’abord ensemble la très courte homélie que lui adresse un poète chrétien :

Tu n’es pas arrivé au bord de la terre
où tu croyais tomber dans les bras de Dieu
Tu n’as rencontré qu’un mur à la fin
et Dieu était déjà venu en ce monde.

Dans quel paysage oublié, quelle scène ?
Que nous demandait-il ?

Avec nos vertus, le jeune homme riche a vieilli,
tenant prêts
un verre d’eau tiède, une figue tardive
sans pouvoir retrouver le regard qui l’aima.
(Jean-Pierre LEMAIRE, Le cœur circoncis, p.19)


frère Columba,
si nous sommes rassemblés aujourd’hui pour ta profession, c’est que tu n’as pas voulu laisser passer ce regard du Christ sur toi. Tu as saisi que l’amour du Christ l’emportait sur tout le reste, et qu’il valait la peine, comme le dit saint Benoît, de « ne rien préférer à l’amour du Christ ».
Pourtant, ce « ne rien préférer » demeure un combat tout au long d’une vie, tu le sais.
Il y a le monde des choses, des biens, des trésors, et parmi ces trésors, le beau. Celui qui a reçu un œil, une oreille, une main, capables de discerner le beau, de le goûter, découvre que la beauté déjà l’emporte sur mille et mille choses que convoitent beaucoup d’autres personnes, et ces choses deviennent alors comme un peu de sable ; un tel homme se met à préférer le beau.
Et plus encore que le beau qui reste extérieur à soi, il y a un autre trésor séduisant et qui semble supérieur parce qu’intérieur, parce qu’il nous façonne et nous transforme nous-mêmes, et c’est le bien, la vertu, les vertus, une façon d’agir avec bonheur et pour notre bonheur.
Mais, pour celui qui, un jour, croise le regard du Christ, découvre le regard de l’amour posé sur lui, ce bien de la vertu devient aussi un peu de sable.
Il n’y a aucun bien à posséder qui vaille le fait d’être aimé comme le Christ nous aime. C’est parce que l’on n’est pas aimé ou mal aimé qu’on se met en quête de posséder quelque chose.
Le jeune homme riche disait déjà dans sa question le malheur auquel il s’exposait : « Bon Maître, que puis-je faire pour AVOIR EN HÉRITAGE, pour POSSÉDER la vie éternelle ? ».
Posséder la vie éternelle ?
Non !

Jésus répond : « une seule chose te manque » : non pas la vie éternelle, non pas le bien, non pas le beau…
Non, ce qui te manque,
c’est de manquer,
c’est d’être pauvre,
c’est le manque lui-même,
va, donne, comprends que ta seule richesse, celle que la tombe ne te ravira pas, c’est le manque, le trou d’une aiguille, comme le vide de la pupille dans ton œil, ce petit trou qui nous permet de recevoir tout, le monde entier sous nos yeux par le trou d’une aiguille, le vide de cette pupille par lequel passe le regard, le désir et l’amour.
Le Baal-Shem-Tov disait à ses disciples : « hélas, hélas, le monde est tout entier plein de mystères grandioses et de lumières formidables, que l’homme se cache à soi-même avec sa petite main »
S’il n’y a pas de manque en nous, il n’y a pas de place pour l’autre, pour les autres, pas de place pour l’amour ; la vie éternelle n’est pas une conquête solitaire, elle commence avec l’abandon de toute conquête solitaire, même morale ; ne rien posséder en propre est la marque du moine bénédictin.

Frère Columba,
tu le sais, autour du vide de la pupille, il y a un diaphragme ; ce trou est réglable.
En notre cœur aussi, le manque est réglable ; c’est par ce vide que l’amour du Christ petit à petit dilate notre cœur pour en faire son lieu, le lieu du centuple. Quand, au soir de sa vie, saint Benoît voit le monde, l’univers, il le voit tout entier dans un rayon de la lumière de Dieu : par la pupille de son cœur, tout lui a été donné.
« Tout est à vous, et vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu. » Puisque tu es moine, c’est à ce regard transfiguré que tu es convié, comme chacun de nous.

fr. David

Frère Columba